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Comprendre sa progression

Progresser en ski : ce qu’on n’observe pas, on le corrige à l’aveugle

En ski, nos sensations ne reflètent pas toujours les mouvements que nous produisons réellement. Observer, utiliser des repères et vérifier permet de savoir ce qu’il faut vraiment corriger.

On peut skier longtemps en ayant une idée assez fausse de ce que l’on fait réellement.

Vous pouvez avoir la sensation d’être bien fléchi, de beaucoup incliner vos skis, de beaucoup vous pencher en carving, de bien organiser votre haut du corps ou de produire des virages très ronds. Pourtant, lorsqu’on regarde les images, le résultat peut être très différent.

C’est une expérience que j’ai moi-même vécue. En 2012, à 36–37 ans, avant de devenir moniteur, j’ai décidé de vraiment apprendre à bien skier. J’avais parfois l’impression de progresser nettement. Puis je me suis vu skier. L’écart entre ce que je pensais faire et ce que je produisais réellement était considérable. Mon parcours.

C’est là que commence une grande partie du problème.

L’essentiel

Nos sensations sont indispensables pour skier, mais elles ne décrivent pas toujours fidèlement les mouvements que nous produisons réellement.

Pour progresser, il faut distinguer :

  • le résultat que l’on cherche à obtenir
  • les mouvements réellement utilisés pour le produire
  • le mouvement qu’il est prioritaire de modifier

La progression devient alors une boucle : observer → identifier → prioriser → travailler → vérifier, puis recommencer.

Les sensations sont indispensables, mais elles ne suffisent pas

En ski, nous agissons forcément à partir de sensations. Elles nous permettent notamment de sentir la position de notre corps, les pressions, les mouvements, la vitesse ou l’équilibre.

Mais une sensation n’est pas toujours une mesure fidèle du mouvement.

Un mouvement que nous croyons ample, voire exagéré, peut être à peine visible de l’extérieur. Une position qui nous semble très fléchie peut en réalité être assez haute. Un skieur peut avoir l’impression de beaucoup incliner ses skis alors que l’angle reste faible.

Et plus un mouvement devient habituel, plus il peut nous sembler normal.

C’est ce qui rend la progression difficile : on peut sincèrement croire que l’on produit le mouvement demandé, alors que ce n’est pas encore le cas.

Connaître le résultat recherché ne dit pas encore comment le produire

Il y a une deuxième difficulté, tout aussi importante.

Observer qu’un skieur manque d’angle ne suffit pas à savoir comment lui faire produire davantage d’angle.

Dire :

  • « mets plus d’angle » ;
  • « sois plus fléchi » ;
  • « équilibre-toi davantage » ;
  • « angule plus » ;
  • « arrondis davantage tes virages » ;

décrit surtout un résultat attendu.

Mais un résultat n’est pas un mouvement.

Il vaut mieux distinguer le résultat recherché du mouvement qui permet de le produire. Cette distinction vaut chaque fois qu’une consigne décrit ce que l’on souhaite obtenir sans rendre suffisamment explicite l’action qui permet d’y parvenir.

Si le skieur ne sait pas quelle action corporelle permet de produire ce résultat, la consigne reste limitée.

Demander davantage d’angle, par exemple, ne dit pas comment créer cet angle avec les pieds et les jambes et le corps. Demander un virage plus arrondi ne dit pas quels mouvements doivent commencer au bon moment ni comment les skis doivent être organisés pour modifier réellement la trajectoire. Demander davantage d’angulation ne dit pas comment organiser le haut du corps, ni surtout à quel moment du virage cette organisation doit apparaître.

En ski, le timing compte énormément. Un mouvement pertinent effectué trop tard peut produire un résultat très différent.

C’est une différence fondamentale entre montrer la forme finale que l’on souhaite obtenir et enseigner les mouvements qui permettent réellement de la produire.

Savoir quoi faire, comment le faire et comment reconnaître qu’on le fait

Pour apprendre un mouvement, il ne suffit donc pas de savoir quel résultat on cherche.

Il faut aussi comprendre quelle action produire, disposer de repères permettant d’en reconnaître l’exécution et pouvoir ensuite vérifier que ce que l’on a ressenti correspond bien à ce que l’on a réellement fait. En PMTS, ces repères sont notamment appelés « external cues » : des indices simples et observables qui permettent au skieur de confirmer, pendant qu’il s’exerce, que le mouvement recherché est bien en train d’apparaître.

Ces repères peuvent être très concrets.

Ils permettent au skieur de commencer à répondre lui-même à des questions simples :

Qu’est-ce que je cherche à faire ?

Quels repères me permettent de savoir que j’exécute correctement le mouvement, d’abord lorsqu’il est isolé, puis lorsqu’il est réintégré dans mon ski ?

À quel moment du virage ce mouvement doit-il apparaître ?

Comment puis-je savoir si je suis en train de le réaliser correctement ?

C’est une étape essentielle, parce qu’un skieur ne peut pas dépendre en permanence d’un coach ou d’une caméra pour savoir ce qu’il fait.

Le but est progressivement de construire des sensations et des repères suffisamment fiables pour reconnaître et valider l’exécution du mouvement, d’abord lorsqu’on le travaille lentement ou de manière isolée, puis lorsqu’on le réintègre dans le ski.

C’est pourquoi la vidéo est si utile

Pour observer les mouvements corporels du skieur, la vidéo est particulièrement puissante.

Elle permet de revoir des actions extrêmement rapides, de faire des arrêts sur image, de comparer plusieurs passages et surtout de confronter directement ce que le skieur pense avoir fait avec ce qu’il a réellement produit.

Cette confrontation peut parfois être brutale.

Vous avez l’impression d’avoir complètement changé votre position. À l’image, la différence est minime.

Vous pensez avoir fortement augmenté l’angle de vos skis. La vidéo montre que le mouvement reste presque identique.

C’est précisément pour cela qu’elle est utile.

Elle ne sert pas seulement à montrer un défaut. Elle aide progressivement à recalibrer les sensations.

À force de confronter sensation, repères d’exécution et observation extérieure, le skieur apprend peu à peu à reconnaître intérieurement ce qui correspond réellement au mouvement recherché.

Le but n’est donc pas de devenir dépendant de la vidéo.

Le but est que ce que l’on ressent corresponde de mieux en mieux à ce que l’on fait réellement.

Morgan Petitniot en virage carving engagé, représentation de la sensation de mouvement
Comment je me sentais
Morgan Petitniot en ski en 2013, réalité observée au début de son apprentissage
Comment j’étais

Mesurer un résultat, recevoir un conseil et diagnostiquer le mouvement à modifier ne sont pas la même chose

Des outils comme CARV ne se contentent pas de mesurer : à partir des métriques relevées, l’application identifie aussi des axes de progression et propose des conseils, des exercices et des contenus pédagogiques pour tenter de les améliorer.

Cela peut être utile pour objectiver un résultat et vérifier s’il évolue. Mais une métrique, même accompagnée d’un conseil ou d’un exercice, ne dit pas forcément comment ce résultat est produit chez vous, ni quel mouvement il serait pertinent de modifier en priorité.

Une valeur d’angle de carre, par exemple, renseigne sur le résultat obtenu. Pour comprendre comment agir, il faut encore observer comment les pieds, les jambes et le haut du corps se coordonnent, à quel moment du virage, et si l’organisation utilisée correspond au référentiel technique recherché.

Autrement dit, on peut faire progresser une valeur mesurée sans savoir si la manière dont on l’a obtenue est celle que l’on cherche réellement à construire techniquement.

On peut donc distinguer trois niveaux : ce qui est mesuré ; les mouvements réellement utilisés pour produire ce résultat ; le mouvement qu’il est prioritaire de modifier.

La mesure, la vidéo et l’analyse technique peuvent alors devenir complémentaires : la première objectivise certains résultats, la seconde permet d’observer les mouvements, et la troisième aide, à partir d’un référentiel technique, à décider quoi travailler.

Observer n’a de sens qu’avec un référentiel technique

Une vidéo ne donne pas automatiquement le diagnostic.

Elle montre ce qui se passe.

Encore faut-il savoir quoi regarder et comment interpréter ce que l’on voit.

Deux coaches utilisant des référentiels techniques différents peuvent observer le même skieur et hiérarchiser différemment les éléments qu’ils observent.

C’est là qu’un référentiel technique devient essentiel.

Dans le référentiel PMTS que j’utilise ici, l’analyse repose sur des mouvements identifiables : le basculement des pieds et des skis, la flexion pour libérer le virage, l’organisation latérale et rotative du haut du corps, sa coordination avec le bas du corps ou encore la gestion de l’équilibre avant-arrière.

Un skieur peut présenter plusieurs déficiences simultanément.

Il peut manquer d’inclinaison des skis, avoir peu de contrebalancement, peu de coordination du haut du corps, ne pas être majoritairement équilibré sur le ski de support et utiliser une extension des jambes et jeter son buste pour engager le nouveau virage.

Le problème n’est alors pas de lui donner quatre consignes en même temps.

Il faut identifier le mouvement qui mérite d’être travaillé en priorité.

Tous les défauts visibles ne doivent pas être corrigés en même temps

C’est l’un des principes importants du PMTS.

Le coach cherche le SMIM – Single Most Important Movement, le mouvement prioritaire susceptible de produire le plus grand changement dans l’ensemble du ski.

Cela signifie qu’un défaut visible et le mouvement à travailler en premier ne sont pas nécessairement la même chose.

Si un skieur manque d’angle, lui demander simplement d’en produire davantage n’est utile que s’il sait déjà comment le produire, à quel moment, et comment reconnaître qu’il le fait réellement.

Sinon, « mets plus d’angle » reste seulement une demande de résultat.

Le rôle du coach est donc d’identifier le mouvement prioritaire, puis de rendre ce mouvement suffisamment clair pour que le skieur puisse réellement le travailler.

Au début, il manque souvent de l’amplitude. Le mouvement correct peut alors donner au skieur l’impression d’être très amplifié, voire exagéré. Les repères externes et la vidéo permettent de confronter cette sensation au mouvement réellement produit. Peu à peu, le skieur peut associer une sensation plus fiable à la bonne amplitude du mouvement et au résultat observable qu’il produit.

Un exercice n’est pas encore un apprentissage

Un exercice peut être très utile.

Mais faire un exercice ne signifie pas automatiquement que l’on a appris le mouvement qu’il est censé développer.

On peut parfaitement reproduire une tâche sans comprendre :

  • quel mouvement précis on cherche à améliorer ;
  • quels repères permettent de savoir si on le réalise correctement ;
  • à quel moment du virage il doit apparaître ;
  • comment le replacer ensuite dans son ski normal.

C’est une difficulté que j’ai moi-même rencontrée lorsque j’ai voulu apprendre à mieux skier.

J’ai cherché des conseils, regardé des exercices et essayé de reproduire ce que je voyais. Certains exercices étaient probablement très bons. Mais une fois revenu dans un virage complet, il me manquait souvent le lien entre l’exercice isolé et ce que je devais réellement produire dans mon ski.

C’est une différence importante entre voir un exercice et apprendre un mouvement.

Un contenu court en vidéo sur un réseau social, un conseil ou un exercice peuvent donner une idée utile. Mais ils ne peuvent pas toujours transmettre toute la mécanique du mouvement, ses repères, son timing et la manière de le réintégrer dans le ski réel.

L’information n’est pas encore l’apprentissage.

Observer → identifier → prioriser → travailler → vérifier

La progression peut alors devenir beaucoup plus claire.

Observer : voir ce que le skieur réalise réellement.

Identifier : comparer ce ski au référentiel technique et repérer les mouvements qui limitent sa progression.

Prioriser : choisir le mouvement qui mérite d’être travaillé en premier.

Travailler : apprendre ce mouvement en l’isolant si nécessaire, comprendre précisément l’action recherchée, disposer de repères permettant d’en reconnaître l’exécution, puis progressivement le replacer dans un virage complet.

Vérifier : confronter les sensations et les repères utilisés à une observation extérieure – notamment vidéo – pour vérifier que le mouvement apparaît réellement et qu’il produit l’effet attendu sur le ski.

Puis recommencer.

Cette dernière étape est importante.

Il ne suffit pas de réussir une fois un mouvement dans un exercice. Il faut vérifier qu’il apparaît réellement dans le ski, qu’il produit le résultat attendu et qu’il devient progressivement reproductible.

Et conserver une trace

Lorsque c’est possible, conserver les vidéos de travail et noter ce que vous cherchiez à faire, ce que vous ressentiez et les repères qui fonctionnaient permet de construire une mémoire de votre progression. Vous pouvez alors confronter, dans le temps, l’action recherchée, le ressenti et le résultat observé, voir ce qui évolue réellement et retrouver d’une saison à l’autre ce qui avait fonctionné.

Bibliothèque OnForm de Morgan Petitniot avec vidéos de ski archivées et annotées
Exemple personnel : j’utilise une application pour archiver mes vidéos de travail et leurs annotations. Cela me permet de conserver une trace des mouvements travaillés, des repères utilisés et du résultat observé.

Pourquoi cette démarche est particulièrement importante en ski

Le ski est un sport dans lequel la majorité des pratiquants disposent de relativement peu de jours de pratique chaque année.

Les mouvements sont rapides et fortement coordonnés. Plusieurs actions peuvent se chevaucher dans une même fraction de virage, ce qui les rend difficiles à distinguer à partir des seules sensations. Et il est tout à fait possible de répéter longtemps une coordination inefficace jusqu’à ce qu’elle devienne extrêmement familière.

La répétition seule ne garantit donc pas la progression.

On peut skier beaucoup sans modifier ce qui limite réellement sa technique.

Et apprendre demande du travail.

Il faut répéter, observer, corriger, reconstruire des sensations plus fiables et progressivement réintégrer les nouveaux mouvements dans un ski complet.

Ce processus est moins spectaculaire qu’une astuce ou qu’un exercice présenté comme une solution immédiate. Mais il correspond beaucoup mieux à la réalité d’un apprentissage technique solide et durable, qui vise à rendre les mouvements appris suffisamment robustes pour rester disponibles lorsque la pente, la neige ou le rythme changent.

Le principe derrière Le Labo du Skieur

C’est finalement assez proche de ce que signifie pour moi le nom Le Labo du Skieur.

Ne pas deviner.

Observer.

Ne pas accumuler les conseils.

Identifier ce qui compte vraiment.

Comprendre le mouvement.

Le travailler avec des repères précis.

Puis vérifier ce qu’il produit réellement.

Parce qu’en ski, connaître le résultat que l’on voudrait obtenir ne suffit pas.

Il faut savoir quel mouvement permet de le produire, apprendre à reconnaître ce mouvement lorsqu’on le réalise, puis vérifier qu’il est réellement là.

Et on ne peut pas changer efficacement ce que l’on n’observe pas.

C’est exactement cette logique que j’applique dans les programmes SKIFLIX : chaque apprentissage s’accompagne de repères externes pour identifier l’exécution du mouvement, le mouvement est montré lentement et de manière isolée, puis replacé dans un ski enchaîné pour voir le résultat lorsqu’il est réellement intégré.

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